Guide sectoriel 2026
Paie Spectacle Vivant 2026 — Intermittents, CDDU et Cotisations Audiens
Le secteur du spectacle vivant (IDCC 3090) possède l'un des régimes de paie les plus spécifiques en France. Statut d'intermittent du spectacle, CDD d'usage (CDDU), cotisation chômage majorée, congés spectacles Audiens, déduction forfaitaire spécifique : autant de particularités qui rendent la fiche de paie du spectacle unique.
Ce guide détaille en 2026 toutes les spécificités de la paie dans le spectacle vivant : convention collective, régime des intermittents (annexes 8 et 10), cotisations spécifiques (chômage à 11,40 %, congés spectacles à 15,50 %), DFS artiste et un exemple concret de bulletin.
Le statut d'intermittent du spectacle
L'intermittent du spectacle est un salarié employé sous contrat à durée déterminée d'usage (CDDU) par des entreprises du spectacle, de l'audiovisuel ou du cinéma. Ce statut repose sur la reconnaissance du caractère par nature temporaire de l'activité de spectacle.
CDD d'usage (CDDU)
- • Contrat de référence du secteur
- • Pas d'indemnité de précarité (10 %)
- • Durée liée au spectacle ou à la mission
- • Succession de CDDU autorisée
- • Base légale : art. D. 1242-1 Code du travail
Assurance chômage spécifique
- • Annexe 8 : techniciens du spectacle
- • Annexe 10 : artistes du spectacle
- • Seuil : 507 heures sur 12 mois
- • Indemnisation : 12 mois maximum
- • Taux majoré : 11,40 %
La convention collective IDCC 3090 distingue deux grandes catégories : les artistes du spectacle (comédiens, musiciens, danseurs, chanteurs, artistes de cirque) et les techniciens du spectacle (régisseurs, éclairagistes, sonorisateurs, machinistes). Chacune relève d'une annexe différente de l'assurance chômage, avec des règles de calcul des droits adaptées. Le SMIC horaire brut en 2026 (12,02 €) constitue le minimum applicable, mais les grilles conventionnelles prévoient des minima supérieurs selon la qualification.
Cotisations spécifiques au spectacle
En plus des cotisations du régime général, les employeurs et salariés du spectacle vivant sont soumis à des cotisations spécifiques gérées principalement par le groupe Audiens, organisme de protection sociale dédié au secteur culturel.
| Cotisation spectacle | Organisme | Taux | Répartition |
|---|---|---|---|
| Chômage majoré (intermittents) | Pôle emploi | 11,40 % | Sal. + Pat. |
| Congés spectacles | Audiens (Caisse) | 15,50 % | Patronale |
| Thalié Santé (complémentaire) | Audiens | 2,10 % | Sal. + Pat. |
| Retraite complémentaire | Audiens (AGIRC-ARRCO) | 7,87 % | Sal. + Pat. |
| Prévoyance (décès, incapacité, invalidité) | Audiens | Variable | Sal. + Pat. |
| Médecine du travail (CMB) | CMB Spectacle | Forfaitaire | Patronale |
Chômage majoré : 11,40 % vs 4,00 %
La cotisation chômage des intermittents est nettement supérieure à celle du régime général (4,00 % patronale uniquement). Ce surcoût finance le régime spécifique d'indemnisation (annexes 8 et 10) qui permet aux intermittents de percevoir une allocation entre deux contrats, sous condition d'avoir travaillé 507 heures sur les 12 derniers mois.
Congés spectacles Audiens : 15,50 %
Comme dans le BTP, les congés payés des intermittents sont gérés par une caisse mutualisée (Caisse des Congés Spectacles, group Audiens). L'employeur cotise à 15,50 % du brut et c'est la caisse qui verse directement l'indemnité de congés au salarié. Ce système garantit la portabilité des droits lorsque l'intermittent change d'employeur, ce qui est la norme dans le spectacle.
Le groupe Audiens est l'interlocuteur unique pour les cotisations de protection sociale du spectacle. Il gère à la fois la retraite complémentaire (AGIRC-ARRCO), la prévoyance, la complémentaire santé Thalié et la caisse de congés spectacles.
Déduction forfaitaire spécifique (DFS)
La déduction forfaitaire spécifique (DFS) pour frais professionnels est un mécanisme propre à certaines professions, dont les artistes et techniciens du spectacle. Elle permet de réduire l'assiette des cotisations sociales en déduisant forfaitairement les frais liés à l'exercice de la profession.
| Catégorie | Taux DFS |
|---|---|
| Artistes dramatiques, lyriques, chorégraphiques | 23 % |
| Musiciens | 23 % |
| Régisseurs, techniciens (selon convention) | 9 % |
Exemple : DFS à 23 % sur un brut de 1 823,03 €
- Salaire brut
- 1 823,03 €
- Abattement DFS (23 %)
- - 419,30 €
- Assiette de cotisations après DFS
- 1 403,73 €
La DFS réduit l'assiette de calcul des cotisations salariales et patronales, ce qui diminue le coût du travail. En contrepartie, elle réduit également les droits sociaux du salarié (points de retraite, indemnités journalières, allocation chômage), car ceux-ci sont calculés sur l'assiette réduite.
L'application de la DFS nécessite l'accord écrit du salarié. Si le salarié refuse, les cotisations sont calculées sur le brut intégral. L'employeur ne peut pas imposer la DFS unilatéralement.
La DFS ne modifie pas le salaire brut ni le net à payer : elle réduit uniquement l'assiette des cotisations. Le salarié touche le même net (voire légèrement plus grâce à la baisse des cotisations salariales), mais acquiert moins de droits sociaux.
Cachets et mode de rémunération
Dans le spectacle vivant, les artistes sont rémunérés soit à l'heure, soit au cachet. Le cachet est un mode de rémunération forfaitaire correspondant à une prestation (représentation, répétition, enregistrement), indépendamment du nombre d'heures effectivement travaillées.
1 cachet =
12 heures
pour Pôle emploi (annexes 8 et 10)
Cachet minimum (12 h SMIC)
144,24 €
brut en 2026
Conversion cachet / heures
La règle de conversion 1 cachet = 12 heures est utilisée exclusivement pour le calcul des droits à l'assurance chômage. Un artiste qui effectue 43 cachets sur 12 mois cumule ainsi 516 heures, dépassant le seuil de 507 heures nécessaire pour ouvrir ses droits au régime intermittent.
Impact sur la paie
Le montant du cachet est librement négocié entre l'artiste et l'employeur, sous réserve de respecter les minima conventionnels de la convention IDCC 3090. Sur le bulletin de paie, le cachet apparaît comme un forfait (et non un taux horaire multiplié par un nombre d'heures). Les cotisations sont calculées sur le montant brut du cachet.
Il est fréquent qu'un intermittent cumule plusieurs cachets dans le même mois auprès d'employeurs différents. Chaque employeur établit un bulletin distinct. La totalité des cachets est ensuite prise en compte par Pôle emploi pour le calcul de l'allocation et par Audiens pour les droits sociaux.
Exemple de bulletin : artiste intermittent au SMIC
Voici le détail du passage du brut au net pour un artiste intermittent non cadre rémunéré au SMIC mensuel en 2026. Les cotisations du régime général sont calculées par notre moteur de paie. Les cotisations spécifiques spectacle (chômage majoré, congés spectacles) s'y ajoutent côté employeur.
| Ligne | Montant |
|---|---|
| Salaire brut mensuel (151,67 h au SMIC) | 1 823,03 € |
| Cotisations salariales (régime général) | - 401,86 € |
| Net avant impôt | 1 421,17 € |
| Coût employeur (régime général) | 2 042,03 € |
| + Congés spectacles (15,50 %) | + 282,57 € |
| Coût total employeur (estimé) | 2 324,60 € |
Calcul effectué au SMIC 2026 (1 823,03 € brut/mois, 12,02 €/h). Le coût total employeur est une estimation incluant les congés spectacles. Le surcoût lié au chômage majoré et à la complémentaire Thalié Santé s'ajoute également. Pour un artiste payé au cachet, le brut correspond au montant du cachet.